Feedbackez

Quand je suis une recette de cuisine, je goûte rarement les plats. L'auteur sait ce qu'il dit non ? Je ne veux pas me gâcher la surprise, je veux découvrir l'explosion de saveur au moment d'être à table avec mes pairs. C'est sûrement aussi ce que se disent les créateurs de logiciels qui ne font pas de version béta ou de tests utilisateurs. Ou ceux qui veulent foncer tout seul sans consulter personne, de peur de devoir changer d'avis. Ou les développeurs qui sont trop bons pour faire des tests automatiques. Le hic, c'est qu'à la fin, il arrive plus souvent que ça ne marche pas et ce n'est finalement pas si étonnant. Si vous avez besoin de prier, c'est que vous n'avez pas eu assez de feedbacks tout le long.

Partagez votre histoire et celle du produit

Comment se fait-il que, même avec la meilleure volonté du monde, on puisse rater une recette ? Sisi ça vous est déjà arrivé. M'enfin c'est écrit noir sur blanc. Facile : ce que je pense être des détails ne l'est pas toujours, je pensais que le plat pouvait se garder au frigo avant d'être servi eh bien non, j'ai raté la ligne qui mentionnait le sel, je n'avais pas tout ce qu'il fallait dans mon frigo alors j'ai pris des libertés là où il ne fallait vraiment pas... En cuisine comme dans l'IT, le cahier des charges parfait n'existe juste pas. Suivre aveuglément les spécifications ne marche pas. Il faut un minimum savoir ce que l'on fait.

Pour cette raison, j'aime bien les recettes qui expliquent dans un encart pourquoi il faut plonger les feuilles d'épinards dans de l'eau froide par exemple. Donnez du relief aux spécifications : lesquelles vont égarer l'utilisateur si elles ne sont pas réalisées ? Expliquer le pourquoi et ce qu'on peut perdre autrement permet de réaliser que l'on travaille dans un système plus grand que nous. Si la page ne propose plus que deux inputs, c'est parce que les tests ont révélé qu'au delà, l'utilisateur était distrait. La pub rapport 30% du chiffre d'affaires alors il faut quand même lui faire de la place. Il n'y a pas de demandes idiotes. Elles ont toutes une raison.

Faites simple

Exit les recettes compliquées avec 50 ingrédients dont 3 que je ne connais même pas. Dehors les recettes qui nécessitent un robot et 3 outils bizarres. Adieu les recettes qui prennent plus d'une heure de préparation (surtout que je le dépasse tout le temps...). Poubelle les plats avec une forme bizarre dont chaque étage d'aliments nécessite une cuisson différente.

Dans mon risotto, je me suis retenue de mettre quinze épices et cinq types de fromage. Juste du sel, du poivre, du parmesan et de la crème.

En logiciel comme en cuisine, faites simple. Il n'y a pas de honte à faire simple, c'est très compliqué, il faut s'y prendre à plusieurs fois.

Faire simple vous épargnera des déceptions. Déjà, votre produit sera utilisé.

Si par miracle, le produit final ressemble à l'attendu, les gens ne sont pas prêts. C'est trop subtil, c'est un peu sucré mais pas vraiment, et qu'est ce que c'est que ce goût là, bref le consommateur n'y comprend rien. Or votre boulot consiste à lui faciliter la vie.

Montrez une photo de la destination

Enfin, je n'essaie pas de réaliser des recettes sans photo. Si en plus, la recette dépasse une page, je ne la regarde même pas. Un ensemble d'instructions n'est juste pas sexy et j'ai besoin d'avoir en tête la cible, ce vers quoi je veux aller. Cette image m'accompagne tout le long de la réalisation, me motive et me permet d'arbitrer quand il y a des choix à faire.

Dans le développement d'un logiciel, montrez un planning plus global avec des wireframes du produit final aux parties prenantes : développeurs voire même exploitants. Donnez une vision. Affichez la. Une accumulation de user stories toutes belles ne suffit pas et on s'y perd. Personne n'aime marcher les yeux bandés, même si on sait marcher, même si on nous tient la main. C'est une véritable motivation de savoir à quoi l'on contribue.

Acceptez de faire des ratés, à couts encadrés

Il y a quand même un cas où je suis prête à tenter une recette sans vision : quand elle est rapide à lire et à réaliser. Je ne sais pas très bien où je vais, mais si c'est raté, je n'aurai pas perdu grand chose. Je me serais juste amuser à tester une recette. Par contre, vu son coût, si elle est bonne, c'est le jackpot. Tant que le coût est encadré et que l'on est prêt à perdre, il devient tout à fait acceptable de faire des prototypes ou des mini produits. A défaut d'un produit, nous aurons gagné des leçons. Et apprendre, c'est fun.

Bref, je sais maintenant pourquoi je réussis mieux mes plats improvisés que les recettes suivies "à la lettre".